Jeudi 6 décembre 2007, 9h12, Aéroport Narita (Tokyo)
Confirmer, enchaîner, honorer !
Comme vous l'aurez compris, la saison 2007/08 débutait avec beaucoup d'attentes sur les épaules des rossoneri. Le championnat reprenant enfin de la couleur avec les retours de grosses cylindrées tel que : la Juventus, le Genoa et le Napoli, tout semblait fin prêt pour réhausser de manière définitive le Calcio après le scandale de l'année précédente.
Après de longues vacances, une fois n'est pas coutume, la pré-saison débutait enfin. Une première sortie convaincante à Lecco (4-0) permettait aux tout frais Champion d'Europe de se retrouver avec le sourire. La tournée russe qui suivait fût un peu moins convaincante en terme de jeu, une défaite aux tirs au but (4-3) face au Psv, puis une victoire toujours aux tirs au but (8-7) face au Lokomotiv. Quelques jours plus tard, arrivait le centenaire du Betis Séville. Cette fête ibérique ce solda par une défaire (0-1) malgré une prestation plutôt intéressante. Après quelques déplacements, voilà qu'arrivaient les chocs transalpins. Le trofeo TIM tout d'abord. Une victoire face à la Juventus (1-0) et une défaite (0-1) face à l'Inter venaient clôturer une soirée somme toute tranquille pour les rossoneri. L'ultime match amical fut le célèbre Trofeo Berlusconi face à la Juventus. Battue 3 jours plus tôt, les turinois s'inclinent à nouveau, cette fois-ci sur le score de 2-0.
Fin de la période de rôdage, place au jeu, le vrai ! Tout commence par la première journée de Serie A, les milanais sont attendus au Stadio Marassi de Genoa. Le match, qui s'annonçait tout sauf facile, ne sera au final qu'un échauffement pour les hommes d'Ancelotti qui s'imposeront sur un score net et sans bavure de 3-0. Quoi de mieux pour préparer la première grosse échéance d'un Champion d'Europe : la SuperCoupe d'Europe !
Le 31 août 2007, l'AC Milan est opposé au Seville, soit l'équipe tenante du titre. Mais ce soir-là, plus qu'une fête du football ce sera une fête dans le signe de Antonio Puerta, jeune joueur ibérique décédé les jours précédents cette rencontre. Tous les joueurs auront endossé des maillots en son éfigie, ainsi tous rappelaient à l'oeil du telespectateur que ce soir-là c'était pour Puerta plus que pour la Coupe ou la bourse qui s'en suit... Les spectateurs joueront merveilleusement bien le jeu, ainsi les chants du soir seront tous destinés pour Antonio et le tifo laissé pour une fois de côté. Malgré une atmosphère quasi irréelle les acteurs font leur job et apportent du spectacle, le match se finira 3-1 pour les italiens qui réussissent donc leur première tâche de Champion d'Europe et devienne ainsi les "Super Champion d'Europe" dixit Silvio Berlusconi.
Après un tout début de saison remarquable, la machine milanaise va connaître un petit ralentissement. Ainsi ils aligneront 2 matchs nuls (Fiorentina, Siena) avant de recommencer la nouvelle aventure de la Champions League de la meilleure des manières, en se défaisant des portugais de Benfica sur le score de 2-1. Malgré cette victoire, la machine peine à se relancer en championnat, les rossoneri se font bloquer sur leur pelouse par le Parma (1-1) avant de s'incliner pour la première fois à Palermo (1-2). Tout le monde pense que cette défaite se transformera en electrochoc mais il n'en sera rien pour les Champion d'Europe qui se font à nouveau bloquer sur leur pelouse (1-1 face à Catania) avant d'aller s'incliner pour la première fois de la saison en Champions League (1-2 face au Celtic). Il n'en fallait bien évidemment pas plus pour voir les journalistes ressortir les gros titres chocs de l'année passée. Soudain, une réponse arriva enfin, lors du match Lazio-Milan après avoir été mené, les rossoneri s'imposeront 5-1 à l'Olimpico ! Mais la joie sera de courte durée, puisque de retour à San Siro la malédiction se poursuit et une nouvelle défaite est concédée devant la modeste Empoli. La Champions League est de retour et les milanais avec, victoire 4-1 sans frayeur face au Shakthar, ce qui n'empêchera pas quatre jours plus tard une nouvelle défaite à domicile cette fois-ci face à la Roma. Le scénario semble se répéter à nouveau lorsque les rossoneri s'en vont corriger la Sampdoria 5-0 à Gênes. Enfin 2 autres matchs nuls se succèderont (Torino, Juve) mais la qualification en huitième de finale de Champions League est assurée après les victoires 3-0 à Donetsk et 1-0 signé Filippo Inzaghi (record de Gerd Muller battu) face au Celtic mardi dernier.
A noter qu'après les distinctions de fin de saison passée pour de nombreux joueurs rossoneri, la grande nouvelle tombe enfin le dimanche 2 décembre 2007 : Kakà remporte le Ballon D'Or !
Un groupe en or
Un regard retiendra l'attention plus que d'autres. Nous ne pensons pas à celui angélique de Kakà ni même à celui hargneux de Gattuso. Non non. Celui qui a retenu notre attention c'est celui de l'entraîneur, Carlo Ancelotti. Le seul et unique metteur en scène de ce groupe. Un regard limpide et songeur. Que lui serait-il venu en tête à sa sortie du bolide nippon.
Aurait-il repensé à cette dernière fois ou il s'était retrouvé ici, 4 ans auparavant, ou ils étaient venu pour conquérir et malheureusement étaient reparti défaits et déçus. C'était en 2003, la Copa Intercontinentale (aujourd'hui appelé Mondial des Clubs) face au Boca Juniors perdue au tirs au but. Après un match bien terne des rossoneri qui étaient apparus confus et fatigués. Les erreurs de Pirlo, Seedorf et Costacurta auront été révélatrices d'un décalage horaire pas bien digéré.
Mais peut être que ce regard songeur le ramenait à se remémorer son parcours depuis son arrivée au club en 2001... Inattendu, le Milan qui a remporté la Serie A l'année précédente (1999-00) sort prématurément de la Champions League, l'entraîneur de l'époque, Alberto Zaccheroni est limogé sur le champ et remplacé dans la foulée par le médiateur turc Fatih Terim. L'arrivée de Terim (précédemment à la Fiorentina) sera un des grands artisans qui aura permi au club lombard de s'attacher les services du fuoriclasse lusitanien : Manuel Rui Costa ! Rui Costa n'arrive pas seul, il sera suivi de Filippo Inzaghi acheté à coup de millions de lire à la vieille damme. Ce même été 2001 arrive un certain Andrea Pirlo, joueur qui faisait régulièrement banquette chez les cousins interistes. Ces nombreuses arrivées ne sont pas évidentes à mettre en place et fautes de résultats, Silvio Berlusconi perd patience et décide de ramener à la guide de son équipe un entraîneur qui connait mieux que quiconque la maison rossonera, cet homme : Carlo Ancelotti. Venu tout droit de la Juve ou il était critiqué par Moggi, l'accusant d'être un "eternel second" (il est en effet arrivé 2 fois de suite second avec la vieille dame). Arrivé en cours d'année, Carlo est tout de suite appelé au miracle afin de terminer 4eme et se gagner le droit de participer aux Préliminaires de la Champions League. La mission sera réussie alors qu'elle était bien mal engagée lors de son arrivée. Ancelotti marquait déjà là un point très important.
L'été suivant, un autre joueur faisant banquette du côté interiste rejoint la cause milanaise : Clarence Seedorf. C'est à cette période-là et durant des matchs de pré-saison que Carlo va avoir une idée qui allait (sans le savoir) révolutionner son groupe et le transformer en véritable "Groupe en or". Tout va partir d'Andrea Pirlo, à cette époque force est de constater que ce joueur est jeune et talentueux mais qu'il lui manque un zeste de vitesse pour exceller dans son rôle de n°10. C'est alors que Carlo va se souvenir d'un choix tactique adopter par un autre Carlo (Mazzone) qui lorqu'il l'avait eu à Brescia, avait disposé Pirlo en milieu défensif devant la défense, une sorte de rampe de lancement pour les attaquants et de plaque tournante de l'équipe. Ancelotti va donc reproduire ce schéma là, en insérant le tout nouveau venu Clarence Seedorf au milieu de terrain, bénificiant également de la montée en puissance d'un certain Gennaro Gattuso, laissant ainsi le seul Rui Costa en meneur de jeu au soutiens des Shevchenko et F.Inzaghi. Les résultats ne vont pas tarder à arriver ! Ce révolutionnement tactique illustre un unique meneur de jeu en la personne de Rui Costa mais en fin de compte il y en a deux avec ce Pirlo en rampe de lancement et ce changement là en surprendra plus d'un tout au long de la saison ! La suite de l'histoire tout le monde la connait, les milanais qui parti des préliminaires se retrouveront à disputer la finale de la Champions League 2002-03 face à la Juventus. Finale qu'ils remporteront au tirs au buts par des arrêts décisifs d'un Nelson Dida flamboyant. Avare de victoires, quelques jours après cette victoire européenne les joueurs trouveront les ressources nécessaires pour emporter la Coupe d'Italie face à la Roma.
Une 4eme place miracle, une Champions League, une Coupe d'Italie et ce n'est pas tout, dès le mois d'août la troupe de Carlo Ancelotti remporte la SuperCoupe d'Europe face au FC Porto. Cette révolution tactique est une réussite totale et plusieurs commence à en analyser les caracteristiques plus en profondeur. Cette saison-là voit la venue d'un jeune brésilien qui s'imposera très rapidement dans l'effectif, Kakà ainsi que de l'argentin Hernan Crespo. Malgré tout le premier échec pour Ancelotti, justement lors de la Coupe Intercontinentale et cette défaite face au Boca. La saison restera tout de même une réussite puisque les joueurs iront se consoler avec la victoire du Championnat d'Italie emmené par un Kakà devenu titulaire au dépend d'un mythe tel que Rui Costa.
Malgré des petites boutades par-ci par-là du président Berlusconi (qui aime bien châtis bien), on sent bien que le choix de Carlo a relancé une épopée triomphante du côté de la via Turati. La saison 2004-05 débutera avec le triomphe en SuperCoupe d'Italie face à la Lazio. Malheureusement aucun autre titre ne viendra s'ajouter à celui-ci même si pourtant un autre titre était très proche, pour ne pas dire qu'il était déjà en poche... En effet, cette saison-là l'AC Milan se retrouve à nouveau à disputer la finale de la Champions League, cette fois-ci face aux anglais de Liverpool. La suite vous vous en souvenez tous, les milanais qui menaient 3-0 à la mi-temps se feront rattrapés à 3-3 avant de s'incliner aux tirs au but.
La saison 2005-06 voit l'arrivée d'un jeune joueur italien très prometteur : Alberto Gilardino. Malheureusement pour le club, cette saison sera la première saison blanche de Carlo à Milan, en championnat la Juve est intouchable et le Milan termine second alors qu'en Champions League les rossoneri atteignent une nouvelle fois le dernier carré mais doivent s'incliner face au grand Barcelone de Ronaldinho et compère (0-1 0-0).
Si quelques critiques commençaient gentiment à arriver après 2 saisons blanches, la pression sur les épaules de Carlo commençait à se faire ressentir quelque peu. Arrivé second c'est bien, mais on "marque" pas l'histoire ainsi... Le scandale éclate et Carlo retrouve une bonne partie de ses joueurs devenu Champion du Monde. Il comprend alors que cette saison il faudra réaliser quelque chose si il désire rester du côté de milanello. Le début de saison est calamiteux dû aux fatigues accumulées par les mondialistes qui n'ont pratiquement pas eu de vacances en raison de la participation au Préliminaire de Champions League. Au final cette saison restera comme LE chef d'oeuvre de Carlo Ancelotti qui donné déjà partant en janvier aura tenu tête à toutes les critiques pour amener les siens à remporter une seconde fois la Champions League face à ceux qui lui avait "dérobé" cette même coupe deux ans plus tôt ! [Fin de parenthèse]
Oui, probablement que ce regard de Carlo était plus songeur qu'autre chose à la sortie de l'Aéroport de Narita. La donne est simple, avec 1 Championnat, 1 Coupe d'Italie, 1 SuperCoupe d'Italie, 2 Champions League, 2 SuperCoupe d'Europe, à Milan Carlo a tout gagné, sauf ce Mondial des Clubs ! Il l'a perdu en 2003 face au Boca et cette année le Boca est également en compétition. Carlo n'aime pas parler de revanche, "chaque match à son histoire" comme il l'avait très bien dit avant la finale remake Milan-Liverpool l'an dernier, mais entre-nous le fait qu'il n'aime pas en parler ne peut pas cacher celui qu'il aime prendre ces mêmes revanches lorsqu'elles se présentent à lui !
Mais nous y sommes pas encore, les milanais viennent juste de poser pieds sur la terre du soleil levant, il faudra maintenant absorber le décalage horaire (+ 8h), s'entraîner de manière convenable et décidée. L'aventure est aussi alèchante que difficile, ce trophée manque encore dans le palmares de ce groupe en or. Après Athènes, Monaco la meilleure manière de fermer le cercle serait de conquérir Tokyo. Malgré tout il faudra d'abord ne pas rater la demi-finale de Jeudi prochain (13 décembre) pour que le rêve d'une année parfaite se poursuive. Penser à une finale remake face au Boca est encore prématuré, mais si la chose devait se produire le 16 décembre prochain, la seule chose que nous puissions vous dire c'est :


